D'un bout à l'autre du monde, des centaines de kilos de matières premières, des automobiles et des produits électroménagers arrivent chaque jour, en temps et en heure, grâce au fret. Qu'il soit maritime, aérien ou terrestre, il est devenu un poste de dépense inévitable pour toute entreprise qui achemine une production de son site de fabrication à son lieu de vente. Ainsi en 2006, le trafic maritime a drainé à lui seul plus d'un milliard de tonnes de produits et émis 1,12 milliard de tonnes de CO2 (voir Le transport maritime a émis plus d'un milliard de tonnes de CO2 en 2007 ). "Le fret a véritablement explosé avec le développement de nouveaux transports et la hausse des besoins des pays émergents entre autres", analyse Alain Bonnafous, Directeur de l'Institut des Sciences de l'Homme, spécialiste des transports.
"Les stratégies du zéro stock appliquées par un grand nombre d'entreprises ont conduit à une densification du trafic et une recherche de la rapidité à n'importe quel prix", ajoute Alain Bonnafous. Ces derniers mois, malgré l'augmentation des prix des carburants, le trafic s'est maintenu sur le globe et n'a pas impacté ce business. "Faire fabriquer un t-shirt en France plutôt qu'en Asie reste plus coûteux que l'inverse, même si le prix du pétrole atteint les 150 dollars le baril", explique Alain Bonnafous. Une réalité économique qui ne sera donc pas le levier d'un changement de pratique et d'une réduction des émissions causés par ce secteur.
- " Il faut offrir un service attractif et surtout vraiment compétitif " -
Sur les routes de France, 129 millions de tonnes de CO2 seraient émises, dont au moins la moitié par le fret, "le train semble le meilleur moyen pour réduire les émissions", constate Alain Bonnafous. "Car les taxes ne suffiront pas", et les rails polluent bien moins que les camions diesels ou les avions qui sillonnent le monde. Pour cela, il faudrait que le réseau ferroviaire et les services soient à la hauteur de leurs concurrents. "Il faut que la SNCF, par exemple, offre un service attractif et surtout vraiment compétitif", propose Alain Bonnafous. Sans cela, le fret maritime restera le plus sollicité et les pollutions en mer et les émissions de gaz à effet de serre se poursuivront.
Alors que le commerce d'acier chinois s'est ralenti, le Baltic Dry Index (indice de référence des 24 routes maritimes les plus fréquentées du monde) est en baisse depuis juin 2008. Dans un contexte de crise, la SNCF a annoncé une perte de vitesse de son activité "Logistique et Transports", qui fait craindre à la direction de ne pas atteindre ses objectifs d'équilibre pour 2010.
Pendant que l'automobile développe des alternatives durables à la voiture particulière, verdir les transports de marchandises n'est pas à l'ordre du jour. Un enjeu de taille qui reste pourtant confidentiel.
Par Marie Varasson