Le projet Vulcan a occupé pendant trois ans une équipe de scientifiques de l'université américaine de Purdue. Leur but ? Réaliser une carte des émissions de dioxyde de carbone (CO2) aux Etats-Unis, selon les zones géographiques (comté, Etat, zone commerciale ou habitations) et l'origine des rejets (centrales au charbon, transport automobile et aérien, secteur industriel ou secteur résidentiel). Pour ce faire, les chercheurs se sont basés sur des relevés de pollution de l'air de l'Agence américaine de protection de l'environnement et du ministère de l'Energie datant de 2002.
Les résultats bousculent un certain nombre d'idées reçues. Alors que la plupart des scientifiques attribuaient l'essentiel des émissions de gaz à effet de serre (GES) aux Etats industrialisés de la côte Est, il s'avère que les Etats du Sud polluent également de façon importante.
Vulcan offre un niveau de précision cent fois supérieur aux précédents systèmes de mesure. Il peut par exemple afficher des informations détaillées sur les GES provenant d'usines, de centrales électriques, de routes, de centres commerciaux ou même de quartiers et d'identifier le type d'énergie fossile à l'origine de ces émissions. Cet outil est aujourd'hui à la portée de tous, grâce à un ingénieur de Google, Simon Ilyouchtchenko. Il a intégré les données sur le logiciel de cartographie en ligne Google Earth. Après avoir, grâce à ce logiciel, survolé les villes du monde entier et plongé au fin fond des océans, il est donc désormais possible de se faire une idée des endroits où l'on rejette le plus de CO2 dans l'atmosphère, et de quelle façon.
- "On pourrait tout à fait imaginer une carte de France semblable à celle des USA" -
"Les sociologues et les psychologues insistent souvent sur le manque de représentation collective du réchauffement climatique", souligne Joseph Kleinpeter, directeur adjoint de l'Association pour la surveillance pour la qualité de l'air en Alsace (Aspa), pionnière en matière de cartographie des pollutions. "Avec des outils comme Google Earth, on peut faire 'vivre' les émanations de CO2 et d'autres gaz polluants. Pour la sensibilisation du grand public, c'est très important."
A l'instar des Etats-Unis, la France calcule ses émissions de gaz à effet de serre au sein de chaque région, ville ou quartier. "On pourrait tout à fait imaginer une carte de France semblable à celle des Etats-Unis sur Google Earth", poursuit Joseph Kleinpeter. De leur côté, les chercheurs américains comptent actualiser la carte Vulcan avec des relevés atmosphériques plus récents, et faire participer les citoyens qui pourraient apporter des données plus précises sur les émissions de CO2 à l'échelle de leur rue ou de leur immeuble.
L'idée n'est pas de pointer du doigt telle ou telle usine, mais de provoquer une prise de conscience collective sur le sujet, tout en ciblant mieux les mesures de réduction des pollutions. Pour un pays responsable d'un quart des émissions de CO2 de la planète, c'est un bon début.
Par François Schott
En savoir plus : www.purdue.edu/eas/carbon/vulcan/GEarth/