Le charbon vert est issu d'un procédé unique : la carbonisation en cornue. Il s'agit de récupérer n'importe quel résidu agricole, comme la balle de riz ou le typha (plante de milieux humides), et de le chauffer en continu "dans un tunnel étanche sans oxygène ni contact direct avec la flamme", explique Rachid Hadibi, directeur du projet charbon vert chez Pro-Natura International (PNI). "Ainsi, le produit ne brûle pas et on obtient un rendement moyen de 33% contre 10 à 20% pour le charbon de bois", précise-t-il. Aujourd'hui, la machine produit une tonne de charbon vert par jour et permet l'approvisionnement quotidien de 7 000 personnes. Avec ce produit, PNI a également créé 30 emplois.
Deux milliards de personnes, essentiellement dans les pays du Sud, dépendent du bois pour leurs besoins en énergie domestique. "A Dakar, une famille moyenne dépense 30% de ses revenus dans le charbon de bois", précise Guy Reinaud, président de Pro-Natura. De plus en plus rare et coûteux, le bois devient difficile d'accès, sa qualité se dégrade et les énergies de substitution sont peu développées. Cause majeure de la déforestation, le recours intensif au bois entraîne sécheresse, désertification, hausse des émissions de gaz à effet de serre, et contribue au réchauffement climatique. "Dans les pays du Sud, la pression démographique et les pratiques agricoles extensives détruisent la forêt et amplifient la pauvreté", explique Guy Reinaud. "Il faut briser ce cercle vicieux entre pauvreté et dégradation de l'environnement".
- "Que des avantages et strictement aucun inconvénient" -
Fondée en 1985, Pro-Natura s'est internationalisée en 1992, après la Conférence de Rio. Cette ONG fournit des alternatives économiques viables pour les populations les plus pauvres. Elle cherche ainsi à lier le succès de l'économie locale à la préservation et à la restauration des ressources naturelles. Pour PNI, le développement participatif : "développement organisé par la population elle-même de façon démocratique", est le seul moyen efficace pour améliorer les conditions de vie de ces communautés. Dans les années 90, l'ONG imagine la fabrication d'un charbon vert pour utiliser une autre énergie que le bois. Après 14 années de recherches et 4 millions d'euros d'investissements, Pro-Natura a installé sa première machine, la Pyro-6F, en décembre 2007 au Sénégal.
Le charbon vert ne présenterait "que des avantages et strictement aucun inconvénient", selon Guy Reinaud. Neutre en carbone, il recycle le CO2 utilisé lors de sa fabrication. Et il est plus économique que le charbon de bois puisqu'il coûte presque deux fois moins cher. "Avec le charbon vert, la combustion est plus longue et la répartition de la chaleur est meilleure", explique Rachid Hadibi, "ce qui permet une meilleure cuisson du riz". Enfin, il peut servir comme biochar, mélange de terre et de charbon qui rend les sols très fertiles. Cette pratique ancestrale, utilisée il y a 7 000 ans dans les régions amazoniennes, est testée depuis peu par Pro-Natura. "Les premiers résultats montrent une croissance deux fois plus importante des plantes", commente Rachid Hadibi. Le biochar issu du charbon vert améliore donc la productivité des sols et réduit l'utilisation d'engrais traditionnels coûteux et polluants.
Après la région de Saint-Louis, Pro-Natura International vise désormais le marché de Dakar. En partenariat avec Areva, l'ONG développe également sa technologie en Afrique du Sud, où la machine Pyro-7 sera lancée en décembre 2008.
Par Victor Mendras