Tout démarre au début des années 80... Maria Nowak fait la connaissance de Muhammad Yunus, économiste et entrepreneur bangladais qui crée la première institution de microcrédit au Bangladesh en 1983. Convaincue par ce nouveau modèle, Maria Nowak a l'idée de l'adapter en France : "dans une économie post-industrielle, le microcrédit a un sens tout aussi évident que dans une économie pré-industrielle ", confie t-elle au public du Green Dating Spécial microfinance. Une dizaine d'années plus tard, Maria Nowak donne le jour à l'Adie. Cette Association pour le Droit à l'Initiative Economique, aide les personnes exclues du système bancaire classique (comme des jeunes n'ayant jamais travaillé, des chômeurs, des habitants de quartiers en difficulté) à monter leur entreprise grâce au microcrédit.
Une fois le dossier accepté, l'Adie peut prêter à hauteur de 5 000 euros pour démarrer une activité, et l'entrepreneur pourra bénéficier d'un prêt supplémentaire de développement si celle-ci se développe bien. La durée du prêt peut aller jusqu'à 24 mois et l'emprunteur a besoin d'un garant qui se porte caution à 50% de la somme prêtée. Comme une banque classique, l'Adie applique un taux d'intérêt du même montant. Mais à l'inverse d'une banque, l'association rappelle qu'elle prête à " ceux qui n'ont pas accès au crédit". Le travail de l'Adie ne s'arrête pas là : elle propose également un accompagnement gratuit à tous les futurs entrepreneurs intéressés.
- "70 000 prêts, 65 000 entreprises créées " -
Vingt ans après sa création, l'Adie se félicite aujourd'hui d'avoir financé plus de 70 000 prêts et aidé à la création de 65 000 entreprises. "Avec de bons résultats de taux de remboursement, puisque les pertes s'évaluent à 3%, et de survie d'entreprise car 65% ont plus de deux ans ", précise Maria Nowak. Dans sa démarche, l'Adie a bénéficié de nombreux appuis du secteur public (Etat, collectivités locales) mais aussi des banques qui ont aidé à modifier la loi bancaire de sorte qu'une association en France peut aujourd'hui "emprunter pour prêter".
Maria Nowak se réjouit du travail accompli : " en partant de rien, ce n'est pas mal de faire 16 000 prêts cette année ", même si leur initiative reste modeste par rapport aux "10% de chômeurs en France qui pourraient être réintégrés par le travail".
Aujourd'hui, l'Adie veut aller plus loin. Elle a de nombreux projets pilotes notamment dans le monde rural avec, par exemple, des antennes mobiles qui se déplacent dans les villages et sur les marchés pour présenter l'association et proposer leurs services. L'Adie oeuvre également auprès du gouvernement. Après la création du statut de l'auto-entrepreneur, l'Adie se bat désormais pour que les chômeurs créateurs d'entreprises aient accès aux fonds de formation professionnelle, réservés aux salariés, et afin de permettre aux jeunes de trouver des emplois sans opérer de concurrence déloyale aux artisans établis. L'association veut ainsi alléger les réglementations autour de petites activités et lever "des verrous absurdes" comme le besoin " d'avoir un diplôme de carrossier pour être réparateur de vélos, ou celui de paysagiste pour tondre une pelouse ", conclut Maria Nowak.
Par Laura Marzouk
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