Le prix de la tonne de CO2 prend corps
16 juin 2008. -
Le centre d'analyse stratégique a élaboré une réflexion sur le prix des émissions de CO2 et décrit les enjeux de sa généralisation.
Le prix du CO2 poursuit son cours sur les marchés d'échange. Encore inconcevable, il y a quelques années, il est devenu concret avec la mise en place de la bourse d'échange d'émissions Bluenext . 45% des secteurs d'activité sont concernés par les quotas d'émission de CO2 et s'échangent leurs droits. Avec ce premier marché, l'évolution du cours de la tonne de carbone engendre de nombreuses interrogations. Dans le cadre de l'évaluation de la rentabilité environnementale de ses investissements, le gouvernement a souhaité connaître la valeur de référence d'une tonne de CO2 émise.
En tenant compte des perspectives économiques et des objectifs de réduction d'émission, le centre d'analyse stratégique a estimé la valeur tutélaire de la tonne de CO2. "Celle-ci permet de fixer le montant de base d'une quantité de carbone émise. Selon nos calculs la valeur tutélaire d'une tonne est de 32 euros environ", explique Dominique Auverlot, coordinateur de la Commission "Valeur tutélaire du carbone", au centre d'analyse stratégique. A l'issue de leurs recherches, la trajectoire de la valeur a été évaluée et estimée à 100 euros la tonne, en 2030.
- La quantité de CO2 émise serait un poste de dépense à anticiper -
"Pour répondre aux objectifs de réduction d'émission fixés par l'UE, il faudra impliquer bien plus de secteurs que les 45% actuels. Le bâtiment, l'énergie et les transports devront être contraints de mesurer leurs émissions avant prospective", poursuit Dominique Auverlot. Si elle était généralisée la valeur du carbone serait incluse dans l'expertise financière d'une autoroute ou d'un bâtiment. Un état d'esprit et d'investissement totalement nouveau, où l'émission pourrait être une valeur cotée, au même titre que les matières premières.
La décision de construire une centrale à charbon ou une centrale nucléaire ne se ferait alors plus uniquement sur la base du coût des matériaux et du prix de la main d'oeuvre. La quantité de carbone émise aurait un coût, elle occuperait un poste à part entière, dans le budget. Dans le secteur automobile, si le prix de la tonne se généralisait, alors que la limite d'émission pour une voiture neuve souhaitée par Bruxelles est de 120 g de CO2/km, "les entreprises qui produiraient des voitures fortement émettrices devraient prendre en compte le prix de la tonne émise, lors de la conception mais aussi de l'utilisation, dans leurs coûts de fabrication", explique Dominique Auverlot.
Intégrer au processus de fonctionnement de notre économie, la tonne carbone serait un pas gigantesque en faveur de l'environnement. Encore difficile à concevoir, ce principe semble suffisamment maîtrisé par les économistes pour être appliqué.
Par Marie Varasson
Rapport de la mission "La valeur tutélaire du carbone"