Amani tente de convertir l’Indonésie au bio

60% des habitants de l’archipel sont encore de petits agriculteurs. Amani offre des débouchés économiques à leurs produits pour maintenir l’agriculture traditionnelle.

En 1999, Wardah AlKatiri a créé Amani, un réseau de production et de distribution de produits biologiques basé sur l’île de Java. Pour cette ancienne ingénieure de l’industrie chimique, c’est un retournement personnel et professionnel : « En Indonésie, la pression exercée sur les agriculteurs par les représentants des compagnies d’agrochimie est très forte. Ils parcourent les campagnes et vendent directement leurs produits aux petits exploitants ». Pour nourrir sa population, de 237 millions d’habitants, l’Indonésie a lancé sa révolution verte. Sur l’île de Java, qui concentre l’essentiel de la production agricole, on fait jusqu’à trois récoltes de riz par an. Seules 20% des terres cultivées le sont encore de façon traditionnelle, selon des règles qui satisferaient aux exigences du bio.

« Le paradoxe, en Indonésie, c’est que le mode de consommation à l’occidentale, arrivé tardivement dans les années 80, est venu chasser une philosophie du bio que nous avions naturellement ancrée dans notre mode de vie rural et traditionnel », souligne Wardah AlKatiri. Si l’impératif de productivité prime, il reste néanmoins de la place, selon elle, pour une agriculture respectueuse de l’environnement à condition de lui assurer des débouchés. Amani cherche à sensibiliser les consommateurs des classes aisées et créer un réseau de distribution de proximité.

– « Nous sommes des pionniers dans le domaine de la sensibilisation au bio » –

Depuis 2001, la coopérative a ouvert un réseau de dix boutiques dans les zones résidentielles de Jakarta, capitale du pays. Les produits viennent de la ferme d’Amani et des producteurs associés, environ cinquante pour le moment, convertis ou plutôt reconvertis à l’agriculture biologique. A l’avenir, Wardah AlKatiri souhaite développer ce réseau, créer des marchés bios et ouvrir des restaurants, qui seront, comme les boutiques, des lieux de partage et de sensibilisation. Son concept va à l’encontre de la tendance des classes moyennes et supérieures de consommateurs indonésiens qui voient leur pouvoir d’achat augmenter. « Nous sommes des pionniers dans le domaine de la sensibilisation au bio. La priorité du gouvernement va au développement d’une agriculture compétitive et les consommateurs adoptent des pratiques occidentales et vont s’approvisionner dans les supermarchés ».

Contrairement aux efforts infructueux d’ONG locales pour préserver l’agriculture traditionnelle, Amani s’implante durablement parce qu’elle a su se concentrer sur les débouchés. « Nous ne délaissons pas du tout la grande distribution, au contraire, nous approvisionnons huit supermarchés en produits biologiques et trente autres dans l’archipel », souligne Wardah AlKatiri.

L’un des écueils est le manque de labellisation. « Les petits agriculteurs ne peuvent pas se permettre financièrement d’obtenir une certification. Mais nous travaillons, en partenariat avec le ministère de Environnement, à la mise en place d’une certification qui serait délivrée dans le cadre des coopératives sous la tutelle du ministère », explique Wardah AlKatiri. Le potentiel du bio en Indonésie réside principalement à l’est de l’archipel où 90% des terres sont encore occupées par l’agriculture traditionnelle, la Papouasie, l’île de Florès, Maluku, Sulawesi… L’enjeu d’Amani est d’y fortifier une filière bio basée sur les pratiques de cultures ancestrales qui y ont encore cours.

Par Anne de Malleray

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