CO2, deuxième monnaie de Nature et Découvertes
21 mars 2008. -
Emmanuelle Paillat
Responsable comptabilité environnementale de Nature et Découvertes
Née en 1990, l'enseigne Nature et Découvertes compte 65 magasins dans toute la France. Au sein de la direction financière, Emmanuelle Paillat assure depuis un an la comptabilité du groupe, en unités de CO2.
(Ecolife) Depuis quand l'enseigne Nature et Découvertes s'est-elle engagée dans la voie du développement durable ?
(Emmanuelle Paillat) Depuis le début. En créant cette entreprise en 1990, François Lemarchand se donnait comme objectif de mettre la nature à la portée de tous. Le développement durable est également dans les gènes de l'entreprise. En 1993, Nature et Découvertes publiait le bilan Arc-en-Ciel, premier rapport d'entreprise sur le développement durable en France, même s'il n'en portait pas encore le nom. Mais il manquait des indicateurs...
En 2000, WWF a lancé l'empreinte écologique. Nous l'avons appliquée à nos magasins, ce qui nous a permis d'en améliorer la conception. Nous avons par exemple remplacé le sol en terre cuite, qui nécessite beaucoup d'énergie à fabriquer, par un sol en lave de Volvic, qui ne requiert pas de cuisson. Nous privilégions également les produits locaux. A valenciennes par exemple, un mur du magasin a été construit avec des briques récupérées d'un chantier de démolition.
Depuis un an, vous êtes en charge de la comptabilité environnementale du groupe. Quelle est votre mission ?
Le souhait de la direction était de mettre en place une vraie comptabilité carbone, afin que celle-ci devienne un instrument de pilotage de notre démarche d'amélioration continue. C'est pourquoi un poste a été créé plutôt que de faire appel à un prestataire extérieur, qui aurait fait un bilan carbone à un instant t, mais sans suivi dans le temps.
Après une formation bilan carbone à l'Ademe, je me suis attelée à la tâche. Premier périmètre de travail : les impacts directs de notre métier de commerçant. Je me suis donc intéressée au fret de marchandises, aux déplacements de personnes, à l'énergie (chauffage et électricité), au packaging, aux publications, à l'économat et sacherie et enfin, aux déchets. Après avoir collecté l'information un peu partout, j'ai pu rassembler les chiffres et présenter un bilan pour les années 2006 et 2007. Au total, sur les postes comparables, nous avons émis 6 551 tonnes équivalent CO2 en 2007 contre 6 542 en 2006. Un résultat encourageant quand on sait que notre chiffre d'affaires a augmenté de 13 % sur la même période.
Quels sont les postes les plus polluants ?
En premier lieu, on retrouve comme pressenti le fret de marchandises : un tiers du total. Le déplacement de personnes arrive en deuxième position (20 %), suivi de l'économat-sacherie (18 %), du packaging (14 %) et des publications (11 %). L'énergie ne représente que 6 % car nous avons un contrat d'électricité verte avec EDF qui nous garantit 92 % d'origine hydraulique et 8 % d'origine éolienne. Notre entrepôt de 5 000 m2 est chauffé au gaz mais nous avons réduit significativement la facture en calorifugeant les tuyaux. Un investissement que nous devrions amortir en 5 ans à peine.
Quant aux déchets, l'impact en termes de CO2 est quasi nul puisqu'ils sont pratiquement tous recyclés. Nos magasins trient leurs déchets et les destinent à 17 filières différentes. Ce geste citoyen nous rapporte aussi de l'argent car des entreprises nous rémunèrent pour reprendre nos déchets. Par exemple, le carton se vend 40 euros par tonne, ce qui nous a permis de récupérer 5000 euros en 2007.
La moitié des émissions de CO2 de Nature et Découvertes sont liées aux déplacements de marchandises ou de personnes. Comment réduire cet impact?
Nous réduisons la part du transport aérien dans le fret de marchandises. Ce poste représente à lui seul 20 % des émissions du fret amont - des fournisseurs à l'entrepôt - pour seulement 2 % des achats. Entre 2006 et 2007, les émissions de CO2 liées au fret aérien ont baissé de 35 % en réduisant seulement de 8 % ce poste en termes d'achats. Cette stratégie est assez contraignante pour l'acheteur, qui doit anticiper davantage, mais bénéfique pour la planète et aussi pour l'entreprise, car l'avion coûte cher. Entre 2006 et 2007, nous avons économisé 55 000 euros.
Concernant le fret aval - de l'entrepôt aux magasins - nous développons le transport combiné rail-route. Cette stratégie nous a permis d'éviter l'émission de 80 tonnes de CO2. On s'est aussi aperçu que sur les longs trajets, cette option était intéressante financièrement. Sur Perpignan par exemple, cela nous revient 20 % moins cher que le transport routier.
Concernant les déplacements de personnes, nous lançons plusieurs initiatives. La première concerne les formations, premier poste émetteur parmi les déplacements professionnels. Au 2e semestre 2008, nous allons privilégier une session de formation de plusieurs jours plutôt que plusieurs d'une journée. Finalement, tout le monde devrait s'y retrouver car la gestion du planning est facilitée dans les magasins et cela coûtera normalement moins cher à l'entreprise.
Sur les déplacements domicile-travail, nous avons encore des efforts à faire, d'autant que le siège n'est pas facilement accessible en transport en commun. L'entreprise favorise toutefois l'achat de véhicules propres. Et les voitures de fonction sont des Toyota Prius.
Nous misons aussi beaucoup sur la sensibilisation des salariés pour faire avancer les choses. A ce titre, nous avons développé une note de frais CO2. Il s'agit d'un tableau Excel amélioré que les salariés remplissent chaque mois. En fonction du mode de transport choisi et de la distance parcourue, ils connaissent leurs émissions de CO2. L'impact se perçoit déjà. Sans avoir eu à les contraindre, on remarque que certains trajets se font dorénavant plus en train qu'en avion.
Quels sont les prochains chantiers ?
La volonté de la direction est claire : faire plus de croissance avec moins de matière et d'énergie. Pour y parvenir, nous continuerons de multiplier les initiatives.
Pour motiver les équipes, nous avons établi un budget CO2 pour 2008. Le service marketing a par exemple comme objectif de réduire les émissions de CO2 liées au packaging de 3 %, dans un contexte de hausse du chiffre d'affaires. Chaque trimestre, le bilan carbone actualisé est présenté aux personnes du siège et aux directeurs de magasins. Cette stratégie stimule la motivation de tout le monde puisque chacun se sent impliqué.
Nous commençons également à élargir le périmètre d'étude et à nous intéresser à nos impacts indirects, via nos fournisseurs qui fabriquent les produits. Nous les sensibilisons à la démarche de bilan carbone.
Enfin, nous réfléchissons à d'autres indicateurs que le CO2. Ce dernier restera notre indicateur "climat" mais nous souhaitons en développer d'autres, plus parlants pour les consommateurs. Les labels associés aux produits pourraient en faire partie.